Description
Cette estampe est répertoriée sous le numéro E34 de la page 110 du catalogue éditée par Watanabe Shōzaburō en 1933
Sous une neige dense et silencieuse, un homme progresse lentement sur la rive gelée du lac Shibayamagata, tirant derrière lui un petit traineau chargé. Chaque pas s’imprime dans la neige fraîche, comme une trace fragile laissée dans le temps.
À droite, un sanctuaire shintō vermillon, presque englouti sous les pins enneigés, veille immobile sur le paysage. Au loin, les montagnes de la région de Kaga se fondent dans le ciel d’hiver, à peine discernables à travers le rideau de flocons.
La scène est d’une sobriété saisissante. Tout semble suspendu : le mouvement, le bruit, la respiration même du paysage. L’estampe impose un rythme lent, presque méditatif, invitant le regard à s’attarder sur la matière de la neige, la profondeur du bleu du lac, et l’équilibre subtil entre présence humaine et nature souveraine.
Focus artistique
Réalisée vers 1929, cette estampe compte parmi les œuvres les plus abouties d’Itō Takashi consacrées aux paysages hivernaux. Elle témoigne d’une parfaite maîtrise du langage shin-hanga, où l’héritage de l’ukiyo-e se conjugue à une sensibilité moderne, presque picturale.
La neige, omniprésente, n’est pas traitée comme un simple motif décoratif : elle structure la composition, adoucit les formes, absorbe les contrastes et impose un silence visuel rare. Les dégradés subtils du ciel et des montagnes, l’impression en réserve des flocons, la précision du dessin des pins et du sanctuaire révèlent une impression d’une extrême exigence technique.
L’équilibre entre l’infiniment vaste et l’infiniment humble — un homme, un pas, une charge — confère à cette œuvre une force émotionnelle profonde, presque introspective.
Signification culturelle
Le lac Shibayamagata, situé dans l’ancienne province de Kaga, est un lieu intimement lié à la contemplation saisonnière. Dans la culture japonaise, la neige n’est jamais un simple décor : elle incarne le silence, l’effacement temporaire du monde, mais aussi la persistance de la vie sous l’apparente immobilité.
Le petit sanctuaire shintō, isolé dans la neige, agit comme un point d’ancrage spirituel. Il rappelle la présence du sacré dans les lieux les plus discrets, et inscrit la scène dans une relation intime entre l’homme, la nature et les forces invisibles qui les relient.
Cette estampe s’adresse à un regard attentif, capable d’apprécier la lenteur, la retenue et la profondeur poétique d’un Japon rural aujourd’hui presque disparu.
Édition
Réalisée vers 1929, à une période charnière du mouvement shin-hanga, cette estampe est aujourd’hui d’une extrême rareté. Les épreuves anciennes en bel état de conservation sont très peu présentes sur le marché, la majorité ayant disparu ou étant conservée dans des collections institutionnelles ou privées majeures.
Le titre figure dans la marge de gauche (Kaga Shibayamagata) suivi de la date (1929 décembre)
L’impression se distingue par la qualité du papier, la finesse des passages de couleurs et la précision des effets de neige, caractéristiques des tirages anciens réalisés sous un contrôle artistique rigoureux. Il s’agit ici d’un témoignage exceptionnel de l’excellence des ateliers d’impression japonais de l’entre-deux-guerres.
Pourquoi cette estampe est une œuvre de collection
Acquérir Neige sur le lac Shibayamagata, c’est entrer en possession d’une œuvre rare, issue de l’âge d’or du shin-hanga, où chaque tirage était pensé comme un objet d’art à part entière.
Son ancienneté, la poésie de sa composition, la subtilité de son impression et la difficulté à en trouver des exemplaires comparables aujourd’hui en font une pièce destinée aux collectionneurs exigeants, sensibles autant à l’histoire qu’à l’émotion silencieuse que procure une grande estampe japonaise.
Condition
Très belle impression. Couleurs très fraiches. Patine du temps sur le papier washi. Voir photos

