Le Dit du Genji : le premier grand roman de l'histoire

Composé au début du XIᵉ siècle par une femme de la cour impériale, Murasaki Shikibu, Le Dit du Genji (Genji monogatari) est souvent tenu pour le premier grand roman de la littérature mondiale. Ses cinquante-quatre chapitres suivent la vie amoureuse et les fortunes du prince Hikaru Genji, avant de se prolonger, après sa disparition, dans le destin de ses héritiers. Un chef-d'œuvre qui, mille ans plus tard, continue de nourrir la peinture et l'estampe japonaises.

Une œuvre fondatrice, née d'une plume féminine

Chose remarquable pour l'époque, ce texte considéré comme le premier chef-d'œuvre de la littérature japonaise fut écrit par une femme. Murasaki Shikibu était dame d'honneur à la cour de Heian (l'actuelle Kyōto), au service de l'impératrice, dans le Japon raffiné de l'aristocratie du XIᵉ siècle. Elle y côtoyait un monde de poésie, d'étiquette et d'intrigues galantes,  celui-là même qu'elle allait porter dans son œuvre avec une finesse psychologique inédite.

Le prince resplendissant

L'œuvre compte cinquante-quatre chapitres consacrés à la figure du prince Hikaru Genji (dont le nom, hikaru, signifie « resplendissant », « rayonnant »). Fils d'empereur écarté de la succession, d'une beauté et d'un charme légendaires, il traverse le roman en séducteur mélancolique autant qu'en homme de cour.

La vie et les amours de Genji

Les quarante et un premiers chapitres retracent l'existence de Genji : ses innombrables relations amoureuses, son ascension à la cour, sa disgrâce et son exil à Suma, puis son retour en grâce. Au cœur de ce parcours, une figure domine toutes les autres : Murasaki, la femme qu'il aime le plus profondément et dont la mort le laisse inconsolable. C'est à ce personnage que l'autrice doit, dit-on, une part de son propre nom.

Après Genji : le temps des héritiers

Les derniers chapitres s'ouvrent sur une nouvelle génération. Après la disparition du prince, le récit suit le destin de ses « héritiers » (ceux qui portent, ou croient porter, quelque chose de son éclat). Cette dernière partie, plus grave et plus intérieure, prolonge l'œuvre bien au-delà de la vie de son héros.

Le Dit du Genji dans l'estampe

L'influence du Dit du Genji déborde largement la littérature. Dès les rouleaux peints du Moyen Âge, ses scènes ont inspiré les artistes ; à l'époque d'Edo, elles donnèrent naissance à tout un genre pictural, le Genji-e (« images du Genji »). Les maîtres de l'estampe s'en emparèrent à leur tour : l'adaptation populaire Nise Murasaki Inaka Genji, illustrée par Utagawa Kunisada, connut un succès considérable et fit du prince resplendissant un motif de premier plan de l'ukiyo-e. Mille ans après sa naissance, le monde de Genji continue ainsi de rayonner sur le papier.

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